Un prébriefing efficace prépare les participants à apprendre avant de les préparer à jouer.
C'est ce que l'on appelle la sécurité psychologique. Elle ne se décrète pas : elle se construit par des engagements concrets, cohérents avec ce que le formateur fera réellement pendant la simulation et le débriefing.
Le prébriefing ne se résume pas à expliquer où se trouve le mannequin ou à rappeler l'heure de la pause ni la direction des toilettes.
Dans les recommandations INACSL, le prébriefing regroupe les activités de préparation et de briefing réalisées avant le début du premier scénario de simulation. Il doit préparer les apprenants au contenu pédagogique, aux règles de fonctionnement et à l'environnement de simulation.
Il remplit quatre fonctions principales :
1. Créer un modèle mental partagé honnête : chacun comprend ce qui va se passer.
2. Clarifier le contrat pédagogique : objectifs, rôles, attentes, évaluation et débriefing.
3. Réduire les obstacles inutiles : problèmes techniques, incompréhensions, anxiété liée à l'inconnu.
4. Préparer la participation : poser des questions, essayer, se tromper, expliquer son raisonnement et recevoir un feedback.
Une revue systématique publiée en 2025, portant sur 26 études, suggère que les activités de préparation et de briefing peuvent améliorer les connaissances, les compétences et les attitudes des apprenants. La qualité des données reste toutefois modérée et le prébriefing ne garantit pas, à lui seul, un meilleur résultat clinique.
Le contenu exact dépend du niveau des apprenants, de la modalité, des objectifs et du caractère formatif ou sommatif de la séance.
| Élément | Ce que les participants doivent comprendre |
|---|---|
| Objectifs | Ce qu'ils vont travailler, sans nécessairement révéler toutes les actions attendues |
| Agenda | Durée, scénario, débriefing, pauses et transitions |
| Rôles | Qui joue, qui observe, qui facilite, qui intervient techniquement |
| Modalité | Mannequin, patient simulé, réalité virtuelle, simulation in situ ou autre dispositif |
| Débriefing | Ce qui sera discuté après le scénario et la manière dont les échanges seront conduits |
| Évaluation | Si la séance est formative, sommative ou mixte ; ce qui sera observé et transmis |
| Contrat de fiction | Ce qui doit être imaginé, verbalisé ou accepté malgré les limites du simulateur |
| Confidentialité | Ce qui reste dans le groupe, les règles concernant les enregistrements et les données |
| Droit d'alerte | Comment demander une pause, signaler un problème ou interrompre une situation |
Le formateur doit aussi vérifier que les apprenants ont compris. Une question simple suffit souvent :
« Qu'est-ce qui vous manque encore pour savoir comment participer à cette séance ? »
Une simulation fonctionne toujours avec une part de fiction. Le groupe accepte temporairement de considérer un dispositif comme un patient, un environnement clinique ou une situation professionnelle.
Ce contrat de fiction doit être explicite. Le formateur peut préciser :
• ce que le simulateur permet de percevoir ;
• ce qu'il ne permet pas de percevoir ;
• comment obtenir une information absente ;
• quelles actions doivent être verbalisées ;
• comment utiliser le matériel ;
• ce qui peut être modifié pendant le scénario ;
• à qui s'adresser en cas de problème technique.
« Le mannequin ne vous donnera pas spontanément toutes les informations qu'un patient pourrait donner. Si vous souhaitez connaître une donnée, demandez-la comme vous le feriez dans votre pratique. Si une limite technique vous gêne, dites-le : nous ajusterons la ressource. »
L'objectif n'est pas de faire croire que le simulateur est parfaitement réaliste. L'objectif est de rendre ses limites suffisamment prévisibles pour que les participants puissent consacrer leur attention à la compétence travaillée.
Le réalisme technique n'est donc pas une fin en soi. Une technologie très avancée peut même devenir une source de distraction si elle n'est pas alignée avec les objectifs. La newsletter 73 sur la fidélité fait un point précis sur cette notion.
La confidentialité doit être expliquée concrètement. Dire simplement « tout ce qui se passe ici reste ici » peut être inexact si la séance est enregistrée, évaluative ou soumise à une procédure institutionnelle.
Le formateur doit préciser :
• si une vidéo est enregistrée ;
• qui pourra la consulter ;
• combien de temps elle sera conservée ;
• si les résultats sont transmis ;
• ce qui est attendu des observateurs ;
• comment sont traitées les situations de sécurité ou de comportement inapproprié.
Le droit à l'erreur doit également être formulé avec précision.
Attention cependant à ne pas induire dans cette discussion un encouragement à l'erreur. Évite les phrases du genre « C'est le bon endroit pour se tromper », « plus vous ferez d'erreurs, plus vous apprendrez »… Préfère induire une réassurance sur le fait que les erreurs, habituellement peu fréquentes, qu'on observe dans la vie clinique existent aussi ici, mais sans conséquence directe pour le patient, raison pour laquelle on traite le sujet de manière plus apaisée dans le débriefing.
En séance formative, l'erreur devient une donnée d'apprentissage. Elle peut être observée, discutée et transformée en piste de progression.
En séance sommative, le participant peut être évalué. Il ne faut donc pas promettre une absence totale de conséquences. La sécurité psychologique ne signifie pas que tout est permis ou que toute performance est considérée comme suffisante.
Une formulation plus honnête serait :
« Vous pourrez essayer, vous tromper et recommencer dans le cadre prévu pour cette séance. Nous reviendrons ensemble sur les décisions prises, avec respect et dans une perspective d'apprentissage. Si la séance comporte une évaluation, nous vous expliquerons clairement ce qui sera observé et selon quelles règles. »
Amy Edmondson définit la sécurité psychologique comme une croyance partagée selon laquelle le groupe est suffisamment sûr pour prendre des risques interpersonnels : poser une question, reconnaître une limite, proposer une idée ou signaler une erreur.
En simulation, cette sécurité est perçue par chaque apprenant. Elle est donc dynamique et fragile.
Évitez les phrases comme :
• « Ici, vous êtes en sécurité. »
• « Il n'y a aucune raison de stresser. »
• « Tout va être facile. »
• « Vous pouvez tout dire, il n'y aura aucune conséquence. »
Préférez des engagements observables :
• « Nous allons vous expliquer ce qui va se passer. »
• « Vous pouvez demander une clarification à tout moment. »
• « Si quelque chose vous empêche d'apprendre, venez nous en parler. »
• « Nous discuterons des actions et du raisonnement, pas de la valeur de la personne. »
• « Nous ne pouvons pas décider à votre place si vous vous sentez en sécurité, mais nous pouvons rester disponibles et ajuster le cadre. »
Dans la newsletter Simulation en Bref n°54, quatre menaces fréquentes sont identifiées : les relations entre apprenants, les relations hiérarchiques, les conflits et les différences culturelles. Le prébriefing ne permet pas de tout régler, mais il donne au formateur une occasion de repérer ces facteurs avant le début du scénario.
La règle pratique est simple :
Le prébriefing prépare la sécurité psychologique. La simulation et le débriefing doivent ensuite la maintenir ou réparer les brèches.
Ce script constitue un repère local. Il ne remplace pas une adaptation au niveau des apprenants, au contexte et au type de séance.
« Bienvenue. Aujourd'hui, nous allons apprendre ensemble à partir de situations simulées. L'objectif n'est pas de vérifier qui sait déjà tout faire, mais de créer une occasion d'observer, d'essayer et de progresser. »
« Nous allons commencer par vous présenter l'environnement et les règles de fonctionnement. Ensuite, vous participerez au scénario. Nous terminerons par un débriefing destiné à comprendre ce qui s'est passé et à identifier ce qui pourra être réutilisé dans votre pratique. »
« Vous allez jouer votre rôle professionnel habituel, dans les limites du scénario. Les observateurs auront également un rôle actif. De notre côté, nous vous expliquerons le cadre, nous faciliterons les échanges et nous resterons disponibles en cas de difficulté. »
« Le mannequin ou le patient simulé ne fonctionne pas exactement comme un patient réel. Dites ce que vous faites lorsque cela aide à la compréhension. Si une information ou une réponse vous manque, demandez-la comme vous le feriez dans votre environnement clinique. »
« Nous souhaitons que vous puissiez poser des questions, essayer, vous tromper et expliquer vos choix. Nous ne pouvons pas décider à votre place si vous vous sentez en sécurité. Si quelque chose vous empêche de participer ou d'apprendre, dites-le-nous pendant une pause ou directement à un membre de l'équipe. »
« Ce qui est partagé ici ne doit pas devenir un commentaire individuel à l'extérieur du groupe. La séance est [formative / sommative]. Voici ce qui sera observé et voici comment les éventuelles données seront utilisées. »
« Est-ce qu'il manque une information pour que vous sachiez comment participer ? Si tout est clair, nous allons découvrir l'environnement et commencer. »
Dans l'expérience décrite dans la newsletter Simulation en Bref n°55, le formateur observé utilise l'humour, l'inclusion, une explication des limites de la simulation et une checklist locale intégrée à la visite de la salle. La checklist existe, mais elle ne remplace pas la relation avec le groupe.
Cette checklist doit être adaptée localement. Elle sert au formateur à ne rien oublier ; elle n'a pas vocation à être récitée mécaniquement.
C'est une recette locale, volontairement simple, peut-être même un peu caricaturale, mais testée sur le terrain. Elle propose un fil de pensée clair et organisé : une check-list courte, facile à retrouver, sans reproduire l'effet parfois mécanique d'une longue liste de contrôle.
L'objectif est de préserver la qualité de la relation pédagogique, l'empathie et la connexion avec les apprenants, plutôt que de réciter un inventaire.
Le prébriefing peut être structuré autour de trois dimensions :
• P pour Pédagogique
• T pour Technique
• H pour Humain
Chaque élément de la check-list peut être rattaché à l'une de ces catégories et retrouvé rapidement.
Et si un point est oublié à ce moment-là, rien n'est perdu : il pourra être repris plus tard dans la journée. L'objectif n'est pas la perfection, mais de créer un cadre suffisamment clair pour permettre aux participants d'apprendre. Pas de stress.
Questions fréquentes
Quelle est la durée idéale d'un prébriefing ?
Il n'existe pas de durée universelle. Elle dépend du niveau des participants, de leur familiarité avec la simulation, de la complexité technique, des objectifs et du caractère évaluatif de la séance. Un repère local de cinq minutes peut convenir à un groupe expérimenté dans un environnement connu. Des débutants, une nouvelle technologie ou une séance interprofessionnelle basée sur des mannequins haute-fidélité nécessitent davantage de préparation et d'orientation. Cette question est développée dans l'article Quelle doit être la durée d'un prébriefing en simulation en santé ?
Faut-il annoncer les objectifs pédagogiques ?
Il faut au minimum expliquer le but général de la séance et ce qui est attendu des participants. Dans une évaluation sommative, le type de scénario et la méthode d'évaluation doivent être communiqués en amont. Les actions critiques peuvent toutefois rester non révélées lorsqu'elles font partie de ce qui doit être observé. On ne garde le mystère du diagnostic que lorsque la pédagogie nous l'impose.
Peut-on garantir la sécurité psychologique ?
Non. Le formateur peut garantir ses propres engagements : écoute, disponibilité, règles claires, respect et cohérence. La sécurité psychologique reste une perception individuelle et collective.
Le droit à l'erreur signifie-t-il que toutes les erreurs sont acceptables ?
Non. Il signifie que l'erreur peut être examinée sans humiliation et utilisée pour apprendre. Les exigences de sécurité, les objectifs de la séance et les règles d'une éventuelle évaluation restent applicables.
Faut-il utiliser exactement le même prébriefing pour tous les groupes ?
Non. Le contenu de base peut être standardisé, mais le niveau d'explication doit être adapté à l'expérience, aux relations entre participants, à la culture du groupe, à la technologie utilisée et aux objectifs de la séance.
Références
Aller plus loin
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